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samedi 20 février 2016

Note de lecture "Rue des impressions" & "Nocturiales"


Rue des impressions et Nocturiales de Philippe Besse


Deux recueils de poésie édités par az’art atelier éditions, Toulouse.
Deux livres qui nous conduisent vers une  méditation urbaine en suivant les pas de l’auteur, même si la mer se trouve repliée quelque part dans un coin de l’esprit. .

L’objet livre : original, présentation soignée. Le livre de format rectangulaire tient dans la main, donne envie d’être emporté avec soi, d’être ouvert à la moindre occasion. Beau design. Graphisme de pro,  avec reprise, en grisé, des motifs de première de couverture sur certaines pages intérieures. La couverture ne se gondole pas, le livre reste impeccable après plusieurs lectures.

Rue des impressions

Formes, notes, couleurs tentent de dire en mots choisis l’éphémère et ses questionnements.
L’homme profondément seul, traîne dans les rues de la ville  l’ombre du passé ; sa mémoire au long cours qui le traverse et le dépasse. Il y a la Garonne, sa « lumière en état de fuite », il y a la lune aussi « Elle a lavé le ciel / De craies pointées de bleu / Par l’éponge des mots »
L’ombre se déroule que l’on voudrait étreindre dans le mouvement de la vie, que l’on voudrait voir danser, présence vive, proche de la joie seulement promise.
Le poète s’adresse à l’enfant du temps, l’enfant d’aujourd’hui, quelque soit son âge, soumis à l’inexistence, il aimerait l’inviter un moment à « s’allonger dans le bleuté de ses rêves, dans le vent de sa vie pour couvrir l’horizon de mots de lune »,  à regarder  « ces éclats de phrasé surgir, muses éphémères, tels des soupirs profonds d’anges rieurs »
Nous nous ressemblons dans nos absences, nous passons sur Terre comme des ombres, pour finalement nous effacer. "Ainsi fondu au ciel / à ce coeur d'horizon / J'ai enfin pour chemin / Ce fil effacement"

Nocturiales

On avance dans ce recueil en « frôlements de nuit », on devient corps fenêtre à l’écoute de l’obscur, des rêves, et du plus profond de notre être.
J’ai particulièrement aimé « Un homme en partance », poème dédié au grand-père de l’auteur. Cet homme « emporté par le vent de la désillusion », dont la « vie se craquelle à l’écho du passé ».
Nos souvenirs sont les chants d’oiseaux du passé « Ils ouvrent la fenêtre des silences / Et pèsent sur le blanc de nos regards / Pour nous montrer le chemin de la vie »… et les éclats de vie passent « par un réseau de fils  tressés des mots »

Mon impression : Cette poésie née de la nuit, s’appuie sur le versant sombre de notre présence au monde. La mémoire se refuse à l’oubli, qu’elle appelle pourtant, mais l’enfant sur la route marche vers son accomplissement. Il naît sans mémoire et abandonnera même ses souvenirs d’enfance heureuse pour entrer au pays de l’Amour ou du Néant éternel. Seuls les pas du moment présent comptent, mais la conscience du temps « nous livre à nous-mêmes et à nos propres doutes ».
Sombre, incontestablement, mais la lumière par éclats vient nous surprendre au détour d’un vers. On devine que le cœur reste toujours borderline de la joie, même si  la lucidité l’en écarte.


Carmen Pennarun

dimanche 12 juillet 2015

Transes de vie


Transe en trace blanchâtre
Bruit silence rompu
En terre corrompue
Fulgurance bestiale
Giclée rouge sang
Sur cri en vie chemin.


Transe en trace divine
D’un tourbillon union
De la terre et du ciel
Du sang en boue de peau
D’un corps fusion de mort
Coulant en flot de vie.


Transe en trace de corps
Anfractuosité
Monstre sucré en vrac
Si vrai porosité
D’une effraction hantée
D’heures en pas de terre.


Transe en trace de terre
Défectuosité
Pierre défécation
D’un limon sinusal
Aux heures possédées
Par la mort en chemin.

samedi 11 juillet 2015

Sang


Sang aimant se truelle en son corps
Se charpente en envie d’infini
Ventre sa jouissance rebondie
D’une suintance créatrice
Et pousse ses pas chemin fertile
D’un long sillon de cris assoiffés
De vie en bleu de joie d’une enfance
Si rouge d’un bonheur maternel.



Mains trempées en vie lancée de corps
De pensées en mots fleuris d’amour
Dont le fil tutélaire est tranché
Par l’acte créateur donnant vie
Par la même une mort en soi même
Qui se mue en force maternelle
Pour pousser l’enfance sur la route
Armée pour son accomplissement.

vendredi 10 juillet 2015

Et qu'importe la pluie


Et qu'importe la pluie
Dans le bleu de tes yeux
Quand toujours tu souris
A l'ombre des cyprès.


Et qu'importe l'ennui
L'attente qu'est ta vie
Quand toujours tu rayonnes
Par son cœur amoureux.


Et qu'importe l'envie
De ce corps sensuel
Quand toujours tu seras
Son éternel amant.

jeudi 9 juillet 2015

Silences


De silence en souffrance
En quêtes inutiles
Les mots sont ridicules
A poursuivre un amour.


De silence en absence
Les mots sont si légers
Qu’ils résonnent d’espoir
Bien qu’ils soient douloureux.


De silence en démence
En plaintes douloureuses
Les mots sont si fragiles
Prêts à s’écarteler.


De silence en détresse
Les mots n’ont rien pour eux
Qu’un habit rapiécé
Sur l’illusion du faux.


De silence en partance
Les mots ont refermé
Le livre de l’amour
Et détruit tout désir.


De silence en silence
Les mots ont achevé
Une vie devenue
A jamais inutile.

mercredi 8 juillet 2015

Un homme en partance



A mon grand-père
Georges-Théodore BESSE 




Dans cette soirée triste où la vie vagabonde,
Emportée par le vent de la désillusion,
Un homme en partance, emmitouflé pour l'hiver,
Erre sur le quai désert des sentiments vains.


Ses pas somnambules martèlent le présent,
Trop longue chevauchée d’un destin argenté
Se cognent aux noirceurs du tissu de la vie
Que tisse sa peine en lignes inaccessibles.


Au loin gronde un appel qui s’approche et chavire
Enveloppe cette âme et la met au supplice
D’un départ douloureux au combien désiré
Pour s’extraire enfin de ce monde déclinant.


Sa souffrance résonne en pâles oraisons
En une stridence de joie fêlée de peur
Qui le pousse à entrer dans cette onde fumeuse
Dont la porte sécrète ouvre vers l’infini.


Dans cette obscurité des choses trop vécues
Le cortège du temps s'anime lentement
Tout s'ébranle alors en un tangage effréné
Et sa vie se craquèle à l’écho du passé.


Des paysages filent vers ses rêveries
Sillonnent les passions d'une enfance heureuse
Entrent dans le pays de l’amour éternel
Où il est aussitôt condamné à souffrir.


Les rames du souci foncent sur sa détresse
Qu'un Orient sanguinaire n'a pu achever
Son voyage n'est plus alors qu'un grand nulle part
Car la vie en combat l’a brisé à jamais.


Oh pays des mirages, des douces illusions
Il recherche ta porte à l'entrée luxuriante
Pour enfin déposer la noirceur qui l'entoure
Enveloppe son corps, le réduit au silence.